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Chapitre V : Intégrations numériques
                       Méthodes d'intégration



Plan

1. Introduction

2. Méthodes d’intégrations numériques
    2.1. Méthode des trapèzes
    2.2. Méthode de Simpson
    2.3. Formules de Newton-Cotes
    2.4. Méthode de Gauss
    2.5. Intégration sur un pas quelconque
    2.6. Problèmes liés aux limites de la fonction
        2.6.1. Intégration sur un domaine infini
        2.6.2. Singularité dans l’intégrale


1. Introduction

Pourquoi utilise t-on l’intégration numérique ?

Lorsque l’intégrale ne peut pas être évaluée analytiquement ou lorsque l’intégrale n’est pas donnée sous forme analytique mais numériquement en un certain nombre de valeurs discrètes, l’intégration numérique peut être utilisée.

Il existe plusieurs méthodes permettant d’évaluer les intégrales de fonctions bornées sur un intervalle. La présence de singularité dans les fonctions (ou dans certaines fonctions) rend les calculs parfois difficiles.

2. Méthodes d’intégrations numériques

2.1. Méthode des trapèzes

Cette méthode consiste à remplacer la courbe f(x) par une ligne brisée et à calculer l’aire de chaque trapèze, ensuite faire la somme des aires sur l’intervalle sur lequel la fonction est définie.

Dans ce cas, on a :
; et 
Si  est l’intervalle d’intégration de f(x), qui est divisé en n intervalles :, on a :

Dans la suite, on suppose que tous les points sont régulièrement espacés :

Ainsi, l’intégrale précédente devient :


 

Cette démonstration ne permet pas de mettre en évidence l’erreur d’intégration. Un développement en série de Taylor au 1er ordre permet de faire apparaître l’erreur qui correspond aux termes du second ordre en . Cette erreur est d’autant plus faible que le pas  est petit.

D’où :
où 

Pour la plupart des fonctions, on peut obtenir une meilleure approximation en estimant simplement  par :

et l’intégrale précédente devient :

Cette méthode est appelée la méthode des trapèzes avec corrections aux extrémités. En tenant compte de cette correction, la méthode devient d’ordre 4. Cette méthode peut donc être utilisée pour l’intégration d’une fonction donnée numériquement à intervalles discrets. f’(a) et f’(b) peuvent être calculées par des différences finies par exemple.
 

2.2. Méthode de Simpson

Cette méthode consiste à remplacer , entre  et , la fonction par l’arc de parabole passant par  et . Un développement en série de Taylor permet de démontrer la formule de Simpson. Pour cela, on pose :

avec 

Dans ce cas, on obtient :

L’aire de 2 tranches  d’intervalles  et  s'écrit ,
soit,

 

On remplace  par son expression utilisant les différences centrales :

En posant , on obtient :

soit :

L’aire sur l’intervalle  est alors obtenue par :

Cette intégrale nécessite que le nombre d’intervalles soit pair. En remplaçant dans l’intégrale précédente les  par leurs expressions, on trouve :

Après regroupement des termes, et en remarquant que :

il vient alors :

soit finalement :

Cette méthode d’intégration est exacte pour l’intégration des polynômes jusqu’à l’ordre 3 inclus. La méthode de Simpson est une méthode d’ordre 4.

Exemple :
Calculer  par la méthode de Simpson.
Avec 4 tranches, on a : 
L’erreur relative est : 
 

2.3. Formules de Newton-Cotes

Les méthodes des trapèzes et de Simpson sont des cas particuliers des formules de Newton-Cotes.
L’intégrale  est une combinaison linéaire de  ; ce qui signifie que cette intégrale est calculée de façon exacte lorsque  est un polynôme de degré inférieur ou égal à n : le nombre de valeurs  est égal à n+1, on intègre sur n tranches, et les valeurs des coefficients de la combinaison linéaire dépendent de n. La méthode des trapèzes et la méthode de Simpson correspondent respectivement à n=1 et n=2. Le principe de la méthode de Newton-Cotes dans le cas le plus général à pas non constant, sera donné dans la suite de ce cours.

Les résultats de cette méthode donnent :

soit encore :

avec 

A et ak sont données par le tableau suivant :
 
Nom de la formule
n
A
Trapèzes
1
2
1
1
         
Simpson
2
3
1
4
1
       
Villarceau
4
45
14
64
24
64
14
 
 
Hardy
6
140
41
216
27
272
27
216
41

Remarque :

Les formules de Newton-Cotes ne doivent pas être utilisées pour ‘n’ élevé. La méthode de Simpson est couramment utilisée.
 

2.4. Méthode de Gauss

C’est une méthode très précise. Elle utilise des points qui ne sont pas régulièrement espacés et convenablement choisis. Lorsque la fonction  est connue analytiquement ou lorsqu’elle est tabulée numériquement en ces points précis, la méthode de Gauss peut être appliquée.

En développant  sur une base de polynômes, l’intégrale de  peut s’écrire comme une combinaison linéaire des valeurs que prend la fonction en divers points :

Dans cette expression, la constante C est proportionnelle à (b-a) et les facteurs de pondération dépendent de la fonction par laquelle on approche  (segments de droites pour la méthode des trapèzes, arcs de paraboles pour la méthode de Simpson). En ce qui concerne la méthode de Gauss, on développe  dans une base de polynômes orthogonaux dont les  sont les racines de ces polynômes, qui sont alors irrégulièrement espacés. Ces polynômes sont définis sur l’intervalle . Dans ce cas, il faut faire un changement de variable sur  qui permet de transformer  en  ; c’est à dire :

(a)

On obtient donc :

(b)

où  et  sont tabulés.

Ainsi, l’intégrale de , peut être évaluée en suivant la procédure :
 

 
Racines et poids pour la
méthode de Gauss - Legendre
2
0,5773502692
1,0000000000
3
0,0000000000

0,7745966692

0,8888888889

0,5555555556

4
0,3399810436

0,8611363116

0,6521451549

0,3478548451

5
0,0000000000

0,5384693101

0,9061798459

0,5688888889

0,4786286705

0,2369268850

6
0,2386191861

0,6612093865

0,9324695142

0,4679139346

0,3607615730

0,1713244924

7
0,0000000000

0,4058451514

0,7415311856

0,949079123

0,4179591837

0,3818300505

0,2797053915

0,1294849662

Exemple :
Calculer l’intégrale  par la méthode de Gauss.

Solution :
Analytiquement, on connaît : .

On choisit un , et on calcule les  donnés par (d). On extrait ensuite les  et les  du tableau précédent.

Pour b=4 et a=0, on a :

 
-0,861136
0,277728
0,347855
-0,339981
1,320038
0,652145
0,339981
2,679962
0,652145
0,861136
3,722272
0,347855

On calcule ensuite l’intégrale  selon l’équation (b) :


d’où : 
 

2.5. Intégration sur un pas quelconque

Dans le cas précédent, on a soit le pas  est constant, soit la fonction à intégrer est donnée numériquement en des points  qui ne sont pas régulièrement espacés et disposés de façon quelconque.

La méthode générale pour intégrer une telle fonction consiste à :
 


Ainsi :
où  et .

Les coefficients  sont déterminés de la manière suivante :

On obtient alors un système linéaire de n+1 équations à n+1 inconnues et dont les inconnues sont les coefficients  donnés par :

On remarque que lorsque n=1, on obtient la formule des trapèzes. Quand les points  sont différents les uns des autres, on obtient le système de Cramer avec une solution. Et lorsque les points sont équidistants, on obtient la formule de Newton-Cotes. Pour obtenir une bonne approximation de l’intégrale de , il est conseillé de ne pas prendre beaucoup de points, car le polynôme d’interpolation devient dans certains cas une mauvaise approximation.
 

2.6. Problèmes liés aux limites de la fonction

2.6.1. Intégration sur un domaine infini

Pour calculer l’intégrale  suivante, par exemple :

il faut s’assurer que cette intégrale converge.

Dans ce cas, on procède de la façon suivante :
 

peut être facilement évaluée par l’une des méthodes évoquées précédemment.

En ce qui concerne le calcul de , si b est suffisamment grand,  devient négligeable, et par conséquent :

Pour le critère donné sur b (b suffisamment grand), on calcule  par exemple et .

Si , alors b (ou 2b) est pris comme borne remplaçant l’infini.

Dans la plupart des cas, on connaît la forme asymptotique de .

Si  pour  suffisamment grand, on écrit :

où l’intégrale  peut souvent être évaluée analytiquement.

On peut également faire un changement de variables pour ramener la borne infinie de la seconde intégrale  à une valeur finie. Mais cette technique introduit souvent une singularité.
 

2.6.2. Singularité dans l’intégrale

La meilleure méthode pour traiter les singularités est de les éliminer si possible par l’une des nombreuses techniques algébriques ; à savoir l’intégration par partie, le changement de variables, etc. Si on doit calculer l’intégrale par la méthode de Simpson à pas constants, l’intervalle d’intégration doit exclure la borne où la singularité apparaît.
 

Exemple :
Soit à calculer l’intégrale suivante :

est infinie sur la borne inférieure.

Analytiquement, cette intégrale peut être calculée facilement : 
 

Par la méthode de Simpson par exemple, on calcule :

e est suffisamment petit.

Comme il est très difficile d’approcher une singularité par un polynôme, on partage  en deux intégrales :

  avec  ou  par exemple.

On prend un grand pas entre c et 1 et un pas petit entre e et c.

La méthode de Gauss est la mieux adaptée en général parce qu’elle correspond à une approximation par un polynôme de degré n élevé d’une part, et si, d’autre part, on choisit n pair, on n’a pas besoin de la valeur de  aux bornes.

Cependant si la fonction  oscille autour de la singularité, ce type d’approche ne donne pas de bons résultats.

Une autre approche possible permettant de calculer  consiste à faire un changement de lavariables  en variable .

Pour le cas particulier étudié, on obtient :

si 

et par suite :